Réflexions sur l'autohébergement

Temps de lecture : 5 minutes 04/07/2020 #info #web

Ça fait maintenant plusieurs années que je m'autohéberge : j'ai un serveur et un nom de domaine qui me servent à mettre en ligne mes propres sites, que ça soit des pages assez « simples » comme ce blog, ou de vraies applications qui permettent de gérer moi-même mes données sans devoir passer par un tiers.

Même si l'autohébergement a beaucoup d'avantages (je ne vais pas détailler ici, il y a sans doute plein de gens qui ont expliqué pourquoi c'est chouette), il y a certains soucis qui font que ça me semble compliqué de démocratiser ce mouvement.

Ressources

S'autohéberger demande des resources.

Déjà, il faut avoir de l'argent : on a besoin d'acheter au moins un nom de domaine, à renouveler régulièrement. Il faut ensuite soit louer un serveur, soit en acheter un. Si on a de la chance, on peut récupérer une machine qui ne sert plus et la transformer serveur. Enfin, si on héberge chez soi, ou dans un local proposé par une association (Grésille ou Aquilenet font ça par exemple), il faut payer le prix de l'électricité en général. Et si on héberge chez soi, il faut en plus s'assurer d'avoir une bonne connexion en permanence (ce qui demande de payer un bon abonnement à Internet), et il faut avoir un logement assez grand pour pouvoir ranger le serveur : un ordinateur ça a tendance à faire du bruit, de la chaleur et de la lumière, donc c'est mieux si il est dans une cave plutôt qu'à côté de votre lit.

Déjà, on est sur un truc de personnes assez privilégiées.

Ensuite, il faut du temps : apprendre les compétences techniques pour s'autohéberger ça ne se fait pas en deux secondes (heureusement des projets comme Yunohost rendent la chose beaucoup plus simple, mais dès qu'il y a un souci qu'on ne peut pas régler avec l'interface graphique, ça doit être un peu paniquant). Ensuite, installer et mettre à jour des applications sur son serveur demandent aussi du temps libre.

Bref, ce n'est pas accessible à n'importe qui, et la plupart des gens ne prendront jamais la peine de dépenser autant d'argent et de temps juste pour reprendre le contrôle de leurs données (ou autre).

Échelle

On pourrait donc se dire qu'il faut arrêter avec l'idée d'avoir un serveur chez soi comme on a un lave-vaisselle, et grouper ces appareils à une plus grande échelle. La question est de savoir quelle échelle est la plus adaptée.

Famille

J'ai acheté un nom de domaine familial en me disant que je pourrais peut-être héberger des services pour le reste de ma famille si jamais iels le voulaient. En réalité, même si j'ai déjà proposé quelques fois, personne ne semble intéressé.

Et en y réfléchissant, ce n'est pas une si bonne idée que ça de prendre un nom de domaine familial. Un nom de famille ça peut changer assez facilement au final.

Personnelement je regrette un peu ce choix : je ne me sens plus tellement attaché à ma famille, et ils n'ont pas spécialement envie que j'héberge des services pour elleux.

Amis

Au contraire, je me sens beaucoup plus proche de mes amis, et je vois déjà plus d'intérêt à héberger des services que je partagerais avec des amis. C'est peut-être lié à mes amis aussi : en maths-info il y a forcément des gens plus réceptifs à l'autohébergement (et on peut se partager l'administration des services aussi, comme je ne suis pas la seule personne à avoir les compétences pour le faire).

Mais je ne sais pas si ça serait viable pour tout le monde : on a pas forcément quelqu'un qui s'y connaît assez dans son entourage pour pouvoir profiter de services autohébergés.

Un groupe d'amis peut aussi se séparer, donc ce n'est pas forcément une bonne idée de grouper les services à ce « niveau ».

Local

On pourrait alors penser qu'il faut aller à un niveau encore plus grand : celui du quartier ou de la ville. C'est une échelle qui reste assez proche des gens, mais qui offre plus de « stabilité » : on peut facilement avoir plusieurs administrateurices, on peut trouver un local et avoir un vrai budget plus facilement, etc.

Là aussi, l'inconvénient est qu'on ne reste pas forcément au même endroit toute sa vie : on peut facilement déménager (même si je crois avoir entendu que 80% des français vivent dans leur ville natale, ce qui me semble énorme).

Virtuel

Le souci commun à toute les échelles dont j'ai parlé est qu'elles se rattachent à quelque chose de « réel », mais qui peut disparaître. On pourrait donc imaginer qu'il faudrait se détacher complètement de la réalité, et créer des hébergeurs à petite échelle qui accueillent un peu n'importe qui, sans se limiter à une famille, un groupe d'amis, un endroit.

Mais le lien avec les personnes qui nous hébergent devient alors beaucoup plus dur à créer et à entretenir, alors que la confiance me semble essentielle pour l'autohébergement.

Migration

Il faudrait en fait pouvoir migrer ses données facilement d'un serveur à l'autre, que tous ses contacts en soient notifiés (pour que votre adresse mail, votre profil sur le fediverse, ou autre, soit mis à jour automatiquement).

Malheureusement, ça me semble très complexe : créer une archive de toutes ses données, réparties sur différents services, aux formats de fichiers et de base de données variés, est une taĉhe qui ne peut pas se faire en deux clics.


L'autohébergement ne semble pas avoir de « modèle parfait », mais c'est peut-être juste que j'ai oublié quelque chose, ou qu'il ne faut pas chercher une solution qui marche pour tout le monde, mais juste s'adapter en fonction des situations.